UNE AIDE PRECIEUSE POUR LE TIR A L'ARC :
LA MUSCULATION
Lorsque l'on tire des arcs de chasse puissants, et à fortiori des modèles traditionnels sans aucune démultiplication, il est indispensable, pour se sentir à l'aise lorsqu'on arme de tels engins, de dominer la force de rappel de la corde. Nous ne parlerons pas ici de toutes les autres techniques qui aident à maîtriser le tir, quelles qu'elles soient. Commençons par quelques
rappels anatomiques :
Passons rapidement sur la partie inférieure du corps qui, dans notre spécialité, n'est importante que parce qu'elle assure la stabilité du tireur, nonobstant les déplacements indispensables à la chasse, mais un aficionado du tree-stand peut parfaitement se contenter d'une masse de bidoche homologuée Kronenbourg. Par contre, la partie supérieure du corps est celle qui va permettre de bander l'arc. Elle est appelée « ceinture scapulaire », de scapula, omoplate en latin. Elle est constituée de l'omoplate en arrière, et de la clavicule en avant. On remarque que l'articulation entre l'omoplate et le bras peut être comparée à une bille posée dans une assiette, d'où sa grande instabilité. La particularité fondamentale de cet ensemble est de n'être relié aux parties fixes de l'organisme (colonne vertébrale)que par une petite articulation secondaire (sterno-claviculaire)et une masse de muscles plus où moins puissants qui stabilisent l'ensemble lors des mouvements de l'épaule. La conséquence de cette disposition est une mobilité extrême d'une part, mais aussi une très grande fragilité, d'autre part. Pour ce qui nous concerne, deux groupes de muscles vont agir lors de l'armement de l'arc :
-D'une part les stabilisateurs de l'épaule et de l'omoplate du coté du bras d'arc
-D'autre part les extenseurs postérieurs de l'épaule et les adducteurs de l'omoplate au niveau du bras de corde. Ce sont ceux-là qui vont nous poser le plus de problèmes. Mais détaillons un peu :
n Les stabilisateurs de l'épaule sont constitués par l'ensemble de la coiffe des rotateurs, deltoïdes, sus et sous épineux, mais aussi les dorsaux, le petit rond et les pectoraux. Lorsqu'il est peu entraîné, cet ensemble est en général insuffisant pour stabiliser l'humérus dans la cavité articulaire de l'omoplate. Si on ajoute un triceps (le muscle extenseur du bras) un peu faiblard, le résultat est flagrant : le bras d'arc tremble à l'allonge maximum. Par contre, le muscle stabilisateur de l'omoplate, lui, le grand dentelé, est naturellement très puissant et pose peu de problèmes spécifiques.
n - Les extenseurs postérieurs de l'épaule sont les muscles qui nous intéressent le plus, car ce sont eux qui vont nous permettre d'armer notre arc. Ils sont très nombreux, mais ont une caractéristique commune et très gênante : chez la quasi totalité des bipèdes, ils sont très peu développés .En effet, les seuls sports qui permettent à ces muscles d'acquérir une force suffisante sont : le surf, et l'aviron. Si vous ne pratiquez pas régulièrement un de ces deux passe-temps, il ne vous reste plus qu'une solution : les renforcer de manière spécifique.
n - Ces muscles sont : la coiffe des rotateurs dans son ensemble, autant par leur action stabilisatrice que par leur action d'extension (sus et sous épineux, petit rond, etc.)les faisceaux supérieur et postérieur du deltoïde, qui permettent le mouvement d'élévation et de d'extension du bras par rapport à l'omoplate, enfin les muscles adducteurs de l'omoplate sur la colonne vertébrale : trapèzes, rhomboïdes angulaires des omoplates, dorsaux. Leur sous développement entraîne des tremblements du bras d'armement et une incapacité à garder l'allonge maxi au-delà de quelques dixièmes de secondes, donc un point d'ancrage variable et aléatoire, une mauvaise décoche et des trajectoires de flèches fantaisiste, pour dire le moins. Ces inconvénients sont bien sûr minorés avec des arcs à démultiplication, tout au moins en ce qui concerne le point d'ancrage et l'allonge maxi. Par contre, ils entraînent ce type d'armement dit « du menuisier » car l'archer compense la faiblesse de ses muscles extenseurs de l'épaule par un mouvement faisant appel au biceps, dans un geste qui rappelle l'action de scier du bois.
n De plus, la faiblesse du bras d'arc prend alors toute son importance à la décoche, car au moment du choc induit par le retour à sa tension maxi, le bras ne peut stabiliser l'arc comme il le devrait. De plus, le poids d'un compound attelé de son carquois, de son viseur, et de deux où trois autres gadgets fait que lorsqu'on l'a trimballé toute une matinée à bout de bras, on peut avoir de drôles de surprises si on doit l'armer rapidement : il devient impossible de le tenir à l'horizontale, on a l'impression qu'il pèse trois fois son poids de départ, et le bras d'arc tremble comme s'il était branché sur le 220. Entre parenthèses, l'utilisation d'une courroie pour porter l'arc à l'épaule, musculature suffisante où pas, peut être d'une aide considérable.
n Conclusion de tout ceci : AU SECOURS SCHARTZIE ! !
COMMENT AMELIORER NOTRE CAPACITE MUSCULAIRE :
la première des réponses qui vient à l'esprit, est bien sûr de prendre son arc et d'aller tirer. C'est effectivement une excellente méthode, mais elle présente deux inconvénients majeurs : si vous ne disposez pas d'une cible à la maison, cela peut être contraignant à l'excès, et surtout elle ne vous développe que pour la puissance d'arc que vous tirez habituellement, or il est plus intéressant d'être surmusclé par rapport à son arc, car on se trouve de cette manière beaucoup plus à l'aise lorsqu'on l'arme, et par là même on supprime tous les problèmes de tremblements et de sauts de bras d'arc à la décoche.
La musculation aspécifique :
Elle vous servira pour d'autre usages que le tir à l'arc, c'est ce qui fait son charme. Si vous avez la chance de disposer facilement d'une salle de musculation, demandez aux inévitables bellâtres frimeurs qui zonent toujours dans ces lieux quels sont les mouvements les plus adaptés, en gros :
Pour le bras d'arc : des séries sur le dos, levez des haltères adaptées à vos performances, toujours faire cinq séries de vingt espacées par quelques minutes de récupération/étirements. Si vous ne pouvez pas faire ces cinq x vingt séries, descendez en poids.
Pour le bras d'armement : du rameur, des machines à dorsaux, soulevez des poids allongé sur le ventre, une haltère dans chaque main, même chose mais assis pour travailler les deltoïdes. Toujours le même nombre de séries. Le résultat devrait se faire sentir rapidement, tant dans l'aisance avec laquelle vous armerez votre arc, que dans le regard des dames, mais ceci est une autre histoire.
Pour ceux qui préfèrent travailler chez eux, des séances plus fréquentes et plus régulières seront aussi efficaces et vous épargneront des comparaisons désagréables avec des types musclés de partout.
Pour le bras d'arc : les bonnes vielles pompes sont irremplaçables, par trois séries de vingt-cinq tous les matins, si cela vous paraît trop facile mettez du poids sur vos épaules, par exemple un sac de sable où un gamin.
Pour le bras d'armement, un simple banc où une table basse feront l'affaire, avec deux haltères adaptées, par exemples : deux fois cinq kilos. Allongez vous sur le ventre, montez les haltères de part et d'autre, le plus haut possible. Quatre séries de vingt tous les matins, toujours espacés de quelques instants de détente et d'étirements. Pour les deltoïdes, avec les mêmes haltères, asseyez-vous et levez les poids. Quatre fois vingt. Quand les séries vous paraîtront trop faciles, augmentez les poids, mais ne tombez jamais dans l'excès, vous finiriez par abîmer vos articulations.
La musculation spécifique :
Il va s'agir de développer les muscles et leurs enchaînements de la même manière que lorsque vous tirez. Profitez en pour travailler la position de votre bras d'arc (pas trop rentré ), la position de vos doigts sur la corde, la souplesse de votre armement, puisque tout tir instinctif doit être souple, etc...
La première des méthodes, la plus simple : bandez votre arc, encochez une flèche munie d'une pointe caoutchouc, armez, visez, tenez l'armement cinq secondes, détendez vous. Faites dix séries de vingt tous les jours, cinq en droitier, cinq en gaucher, pour bien équilibrer les tensions sur la colonne vertébrale.
Un peu plus sophistiqué : pratiquez le même exercice avec un arc plus puissant de vingt livres que votre arc habituel. Par exemple, si vous tirez soixante-cinq livres, musclez vous avec un quatre vingt cinq livres, vous serez surpris du résultat. Par contre, ne tirez jamais avec cet arc. Vous pouvez donc vous contenter d'un arc d'occasion, où d'un arc de bas de gamme, vous pouvez même gonfler un arc plus faible en raccourcissant la corde l'important, c'est de tomber sur la bonne puissance.
Version voyage, où bureau : prenez un manche à balais, procurez-vous plusieurs de ces longs élastiques carrés bien connus des gamins de la campagne, avec lesquels nous faisions de redoutables lance-pierres. Attachez-en un nombre suffisant aux extrémités du manche pour arriver par tâtonnements successifs à la puissance désirée, à votre allonge, puis reliez-les aux centre avec une vieille corde d'arc, et servez-vous de cet exerciseur quand et où vous voudrez. Assurez vous que le manche est suffisamment solide, sinon gare aux surprises (quoique certaines cicatrices donnent du charme, je sais de quoi je parle)
Enfin, mais cette liste n'est pas exhaustive, une excellente technique consiste à suspendre un poids au bout d'une corde, montez un bâti en bois pouvant accepter le système, s'arrêtant à hauteur d'épaule. Une poulie de renvoi, une poignée, un bout de vieille corde d'arc, et en route pour des séries de vingt. Efficacité redoutable et garantie. Personnellement, je soulève un vulgaire parpaing de vingt kilos, je fais mes séries entre les patients, le fait de travailler à force constante permet de réduire les poids.
Voilà, bon courage, et parlez nous de vos astuces personnelles, et des résultats obtenus.



